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Alternance, les jours transitoires

Heureusement, c’est un vendredi, jour saint, jour béni, jouissant d’une popularité rare, promesse de couchers tardifs, d’ivresse parfois, de grasse matinée toujours.

Quand ils reviennent le bruit m’assaille après 7 jours d’égoïsme, de calme, de liberté, de vie facile qui ressemble étrangement à la « vie d’avant ». Avant les compotes maison et les jouets en plastique, avant les couches qu’ils n’ont même plus, avant les cahiers de correspondance et avant l’hormone bêta-hCG.

Je les serre fort et je respire leurs cheveux, mais ce qu’on ne nous dit pas, c’est qu’on doit se réhabituer à vivre ensemble. Ça se dit pas, non, c’est indigne, ingrat.

Ça prend un jour ou deux. Se réapproprier les codes de la vie familiale, la bouffe pour trois, les douches qui s’enchaînent, n’oublie pas derrière les oreilles, le goûter dans le sac à dos, mange ton chocolat il fait chaud, et puis les minutes qui s’effilochent trop vite, une dernière histoire, bonne nuit, il est tard.

Ça revient toujours. Aimer c’est ancré dans les corps.

J’ai un rapport primitif avec eux, animal, j’aime écouter leur respiration, ils sont là et je me sens complète même s’ils ne seront jamais à moi. Les bruits du jour n’ont plus d’importance, on vit dans le bordel, l’assourdissement, on se coupe la parole en mangeant, on est ensemble, collés. Une famille. Une entité. Ça y est, on est réhabitués.

Quand je les quitte, je me retrouve esclave du silence que je réclamais, il faut emprunter le chemin inverse, il n’y a plus de rythme, plus de vrai repas, à quoi bon organiser sa journée autour de la nourriture, c’est comme tourner les meubles vers la télé, c’est devenir un automate, une machine à crever, à petit feu certes, mais crever quand même. Leurs allers-retours me font danser chaque semaine avec l’ambivalence.

Ça passe du silence aux comptines, de la musique très fort aux petites voix sollicitantes. C’est un ajustement à chaque fois, mais ça ne fait plus mal. Ça devient une de ces choses naturelle, qui est comme ça, ni moche ni belle.

Je n’aime pas les jours transitoires, mais ils me bousculent, me questionnent, et à force de me faire vibrer, ils font de moi une machine à vivre.

Tout, en plus effréné.




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