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Bonne fête papa

Je suis la deuxième fille. Peut-être qu’il aurait aimé que je sois un garçon? Il ne me l’a jamais dit, mais il m’a répété que j’étais jolie et que j’étais intelligente, qu’il faudrait s’en servir, que la vie était un champ de bataille et que « la meilleure défense c’est l’attaque ». On n’en pouvait plus de ses grandes phrases. Après on a grandit, on a compris et je l’appelle parfois pour qu’il m’aide, avec ses grandes phrases. Les répliques des films de Louis de Funès apprises par coeur, c’est lui, les menthe à l’eau c’est lui et les silences qu’on arrivait à décrypter par la force du ressenti, c’était lui aussi. Il n’aime pas quand je me maquille, il me trouve bien mieux sans rien et je ne serais jamais d’accord, il m’appelle Cassie ou Cassinette, Delphine uniquement quand il est de mauvaise humeur, il m’a dit « c’est ta vie » quand je lui ai annoncé à 22 ans que je me convertissais au judaïsme et même s’il ne dit jamais je t’aime, quand il me présente à quelqu’un avec un mélange de pudeur et de fierté en disant « C’est ma fille », ça me suffit pour savoir. Bonne fête Papounet et bonne fête à tous les papas, les papas de coeur, les beaux-papas, les papas partis trop tôt, les papas qui aimeraient l’être, ceux qui sont terrifiés, ceux que la paternité a révélé, et tous ceux qui servent des menthes à l’eau avec des grandes phrases chiantes sur la vie qui serviront plus tard, quand on aura compris.




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