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Les sylphes

Je n’ai jamais eu peur de la mort. Je ne pense pas à elle, je la vois comme un point, à l’autre bout de ma vie, là-bas au loin.

Mon corps serait fatigué et mon cœur rempli, tous deux prêts à tirer leur révérence.

Alors il s’agirait de partir, s’envoler comme les filles du conte d’Andersen, doucement, si doucement qu’il n’y aurait rien d’effrayant à l’idée d’aller au Ciel.


La mort ce serait veiller de là-haut, pépouze sur son nuage, envoyer des signes aux vivants,

et rire de les voir sourire, les mater façon Big Brother, et se gausser parfois, lancer des « il n’a pas changé ! », les yeux tout brillants, tout pétillants.

C’était ça la mort pour moi.


Pourtant récemment, ça m’a pris d’un coup,

peut-être parce que je suis heureuse en ce moment

Si heureuse

Que j’y vois plus clair

Et que je sais que j’ai deux enfants

drôles-beaux-mignons-gentils-uniques-parfaitsdansleurcomplexité

Et que ca fait 8 ans, que je regarde leurs photos le soir, en pensant des choses comme

Je les aime tellement

J’ai de la chance de les avoir

Je voudrais que ça dure toute la vie


Des trucs de mère quoi.

Il y a eu un soir, en voyant les vidéos de Neva qui court qui rit et qui danse

En admirant les dessins toujours plus fous d’Aaron

J’ai réalisé

- comme on prendrait un seau d’eau glacée -

que la seule chose qui nous séparerait un jour,

c’était la mort


Je ne l’ai pas pensé vaguement comme je faisais avant,

je l’ai compris,

ça a imprégné mon être tout entier,

et j’ai pleuré.


Dans mon cœur soudain

l’impression de tomber de 45 étages à grande vitesse

Pour la première fois, le point à l’horizon m’a fait peur

Il m’a emmerdée parce qu’il n’y avait pas de porte de sortie à cette pensée tragique.


Que l’on deviennent tous immortels m’est alors apparu comme une nécessité, dont j’ai tristement cherché à résoudre l’énigme pendant quelques secondes.

Puis face à l’insoluble

J’ai pensé aux héros grecs, aux destins joués d’avance, aux oracles qu’on consulte pour connaître un avenir dont on ne peut rien altérer

Il a fallu capituler

Je continuerai de regarder les photos en adressant mes prières à toutes les divinités de ce monde absurde

« Pourvu qu’on vive tous très vieux » ai-je simplement espéré

Si vieux qu’on se ferait chier un peu

et qu’on se souhaiterait bien des choses,

à base de « à bientôt dans les nuages », clin d’œil appuyé.

Voilà. Vieux comme ça.

Le plus tard possible et moi en premier.

J’ai rangé mon espoir dans une boîte de mon cœur et j’ai tout fermé, scellé, avec un truc en cire, très classe, pour qu’on en parle plus jamais.

Je vais avoir 35 ans bientôt, et j’ai enfin peur de la mort

Peut-être que c’est bien

Peut-être que la vie sera encore plus jolie

Après ce vertige affreux

Qui m’a rappelé

à quel point j’étais bénie





2 Comments


Magnifique texte. J’ai toujours eu peur de la mort. Elle représente pour moi le vide, le néant. La peur qu´on m’oublie. Pourtant je suis croyante, mais la mort m’angoisse.

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Très juste texte, en espérant pouvoir sceller la boîte très vite car plus le temps passe et plus elle prend de la place.

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